Publié par : eric | Jeudi 5 juin 2008

Mort au silence !

Dimanche 25 mai, c’était week-end « sportif » à la principauté : Grand Prix de Formule1. Le grand prix le plus glamour de la saison, il paraît. Oui, des caisses qui tournent à plus de 200km/h sur un ovoïde d’asphalte déformé, cela peut être glamour apparemment. On ne change pas les recettes qui fonctionnent. Ainsi, le slip de bain était toujours prohibé dans les rues monégasques, grand prix de F1 ou pas !

Ces quatre jours, du jeudi au dimanche du grand prix, le jour J en somme, sont déments. De Saint-Jean Cap Ferrat, on entend les vrombissements et accélérations des moteurs des F1. Celui qui ne souscrit pas à la mélodie des bolides devra s’exiler hors de Monaco… et même des communes voisines.

Si la vue du circuit est totalement privatisée (outre le business, sûrement pour la sécurité des spectateurs et éviter surfréquentation et émeute ?!), pour le son, c’est une autre histoire (là, les spectateurs peuvent s’exploser allègrement les tympans aux abords de la piste).

Malgré les tarifs prohibitifs, 70€ pour avoir les fesses posées dans la pelouse monégasque sur les contreforts du rocher (autant dire avec une vue panoramique…mais à 500m de la piste), le public est très hétérogène. Outre les spectateurs, fans de F1 (si tant est que l’on puisse être fan de F1) et les riches désœuvrés en ce dimanche après-midi pluvieux, il y a ceux qui regardent le grand-prix dans un bar à la télé…dans les rues monégasques. Ils ont sûrement l’impression de vivre l’évènement de près. Etant donné le bruit insoutenable lorsque les monoplaces passent à vingt mètres des mêmes bars, certains portent des bouchons d’oreilles fluorescents… ou des casques de protection acoustique pour les plus fins connaisseurs. Tout le monde à un peu un look ridicule mais c’est le look du week-end ; un peu comme un bal masqué. Evidemment, celui qui n’est pas déguisé trouve cela très con.

Mais le plus accablant ici, c’est qu’à travers ce vaste cirque, c’est la mort du silence et de la lenteur face à la vitesse et au bruit, chaos érigé en valeur. Deux ressources en voie de disparition, sur la côte d’Azur comme ailleurs. Ce pays où la quiétude semblait avoir trouvé résidence est en train de disparaître sous les coups de boutoir de l’urbanisation informe et uniformisante, paradis de la bagnole. Dans cette ville qui refuse toutes limites, aussi bien horizontales que verticales, regarder l’absurde défile de ces caisses tournant sans fin, c’est un peu comme observer le pire qu’il pourrait arriver à la Côte d’Azur ; ne devenir qu’une vaste ville sans fin, étouffée, exsangue, saturée, assourdissante…

« On dirait le sud ». Enfin… on aurait dit le sud.


Répondre

Votre réponse :

Catégories