Le samedi, c’est jour de courses. Les centres commerciaux dégueulent leurs musiques hystériques jusqu’aux moindres recoins de parkings de milliers de places. Ces rythmes frénétiques entrecoupés de voix publicitaires sont censés convaincre le chaland de jeter son dévolu sur cet énième produit dont il n’a, depuis son cinquième exemplaire, guère plus besoin. Pourtant, il se laissera si souvent convaincre.
Pas assez de pouvoir d’achat, toujours plus de vouloir d’achat. C’est l’équilibre précaire de notre système économique : l’insatisfaction permanente.
Le coût réel est en tout cas bien plus important que celui inscrit au bas du ticket de caisse.
Des zones littorales sont défigurées en vastes centres commerciaux, les cubes de tôle se juxtaposent sans autre limite que la mer… et encore. Lorsque les moyens sont là, des polders permettront d’aller défigurer l’horizon un peu plus loin, toujours un peu plus loin. L’uniformisation des entrées de ville va bon train. A tel point que les entrées de ville ont ici disparu ; ce n’est plus qu’un continuum de béton et carcasses de tôles qui fait la liaison entre les centres villes. Le relief a parfois réussi à préserver quelques perles et joyaux. Pourtant les efforts des architectes (avec la bénédiction des élus) pour veiller à proposer les bâtiments les plus « hors sols » possibles sont impressionnants. Même les McDo, et leur totem surmonté d’un M jaune peuplant les ciels de tous les pays du globe, apparaissent intégrés à côté de certains nouveaux bâtiments.
Devant ces carcasses de ferrailles, les places de parkings ne suffisent jamais pour le samedi après-midi. Peu importe, si 80% du temps, ils sont vides aux trois quarts et ne servent guère qu’aux amateurs de tuning. Mais le samedi, il faut battre des records d’ingéniosité pour trouver une place… L’abondance de mobilité conduit au plus bel embouteillage. Cela fait des années, des décennies que certains nous ont prévenues, et pourtant rien n’y fait. Notre aveuglement persiste. Une fois extirpé de ce vaste no man’s land de stationnement, les routes sont elles aussi saturées.
Heureusement, les luttes actuelles (on a les luttes que l’on mérite…) pour le droit de consommer le dimanche, pour le droit d’être considéré comme un consommateur du lundi au dimanche ; permettront d’amortir routes et parkings surdimensionnés sur sept jours ouvrés. La consommation illimitée est la clé de tous nos problèmes.
A côté, à quelques centaines de mètres de ces étendues désolantes, quelques lieux de quiétude inespérés résistent encore. Pour combien de temps ? C’est pour quand le drainage et la viabilisation de ces derniers marécages, bois, prairies au nom de notre sacro-saint pouvoir d’achat ?
Publié dans Consommation, Passe temps | Tags : Consommation, pouvoir d'achat




